vendredi , 21 juillet 2017
En Bref
Développer Djibouti: Un impératif américain?

Développer Djibouti: Un impératif américain?



Cet article est la traduction en français du billet de Rachel Pieh Jones «  Developing Djibouti, an American Imperative? » sur son blog : Djibouti Jones

La semaine dernière un article paru dans le National Geographic a déchaîné les passions parmi les gens qui vivent ou ont vécu à Djibouti, parmi lesquels des gens qui avaient un point de vue, chose qui manquait malheureusement à l’auteur.

Je n’essaye pas de défendre la politique américaine ou leurs investissements là-bas mais par contre je vois des problèmes dans la manière dont les choses sont faites ici. Je crois que le manque de perspective et le manque de connaissance locale ont créé un essai sévèrement malencontreux ! 

Développer Djibouti: Un impératif américain

Commençons la critique par ce titre. Depuis quand c’est un impératif américain de développer un autre pays ? Surtout quand l’Amérique est au milieu de sa propre crise financière ? Surtout quand les autres pays sont des entités souveraines qui pourraient se passer de l’ingérence américaine, qui après considération de leurs propres intérêts ne voudraient même pas en bénéficier ?

Ils disent que le chômage est toujours supérieur à 40 % mais il y a tout juste quelques années,  ce taux était supérieur à  60%. Et qui sont les plus importants employeurs ? Le port et la base militaire américaine.

“ Le manque d’investissements américains à Djibouti est une grande opportunité manquée. “…. deux problèmes ici.

Le premier date d’il y a tout juste un an, les Etats unis ont bâti une nouvelle ambassade, doublant leur corps diplomatique. Le personnel et les investissements financiers sont énormes. L’armée américaine est en train de s’agrandir et de dépenser plus d’un milliard de dollars sur un seul projet.

Le deuxième,  est-ce vraiment une bonne chose ? Est-ce que les USA ont un milliard de dollars à dépenser ici ? Est-ce nécessairement une bonne chose de doubler un corps diplomatique qui ne comprends pas totalement les nuances de la vie, de la culture et de la religion du pays ?

Je suis désolée l’Amérique, mais des fois nos compatriotes à l’étranger font plus de mal que de bien. Quand ils vont se saouler en ville ou augmentent la prospérité des proxénètes ou lorsqu’ils encouragent le port des vêtements inappropriés, qu’avons-nous accompli ?

Pourquoi est-ce à USAID de développer une nation, comme l’auteur le suggère? Et qu’en est –t-il des problèmes locaux rencontrés lorsqu’ils y essaient ? Beaucoup de projets commencent et s’arrêtent, sont rêvés et jamais débutés, ne détourner pas de la manière dont ils ont été visualisé. Et une grande partie de tout ça est due à cause des problèmes compliqués et désordonnés de l’aide internationale, sur les problèmes locaux mais aussi des problèmes internes à l’USAID.  Qui reçoit cette aide, ses bénéfices ? C’est assez naïf d’assumer que la réponse au développement est d’inonder par  plus d’argent. Et ce n’est pas aussi facile que de prétendre simplement « construisons une route ». Il y a des intérêts profonds , long de plusieurs décennies qui compliquent une chose d’une simplicité aussi évidente que celle de faire un trottoir.

L’article avait une photo d’un coca sur la devanture d’un magasin et il y fait référence comme étant un investissement américain mineur. Cela m’a fait bien rire. Pourquoi ne pas prendre en photo l’imposante et rutilante nouvelle ambassade ? Ou les bus pleins de gens allant travailler sur la base américaine ? Ou des nouveaux complexes résidentiels qui accueillent l’effectif récemment doublé de l’ambassade ? Ou même de mon amie Aisha qui, il y a 8 ans, n’avait pas l’eau courante chez elle et qui est maintenant une commerçante voyageant de part le monde avec non seulement de l’eau courante mais aussi une machine à laver, un climatiseur et un boulot « solide » ? Ou l’ami de Tom qui est passé du stade de chômeur au stade de directeur d’un des meilleurs cours du soir et manager quatre personnes (qui étaient au chômage aussi auparavant) ?Ou l’entraineur de football, un autre ami de Tom, qui ne pouvait pas se permettre d’envoyer ses enfants à l’école et qui maintenant avec un contrat de travail qui se perpétue, envoie ses enfants dans une école privée

Ils font appel à l’USAID pour reconstruire totalement l’aéroport civil. Pourquoi l’argent des contribuables américains devrait construire un aéroport dans un autre pays ? Pourquoi Djibouti ne modernise-t-elle pas, elle-même, son aéroport, si elle le veut ? Le faire pour eux, nettoyer les rues et les installations sanitaires ne résoudra pas  leurs problèmes sur le long terme ou même promouvoir le sentiment pro-américain. Cela implique seulement un état d’esprit plus colonialiste et cela favorise la dépendance, comme les lieux ou les Américains construisent les églises et puis quand le toit s’effondre, la population locale appelle les Américains pour qu’ils reviennent réparer l’église. Il n’ya pas de propriétés locales et les initiatives régionales sont étouffées.

Il appelle au développement de l’éducation. Oui! Mais Non! Venir et faire des choses pour eux. Vraiment, est-ce que Djibouti est prête pour une Université Américaine (comme il l’a suggéré) quand les étudiants en Anglais valident avec peine leurs années ? Donnons leur du temps. L’Education a été une des tops priorités du Président parce qu’il connait son pays, il connait ses besoins.  Et Djibouti peut travailler dessus et se sentir fière de cela. En effet, c’est lors de notre première année que l’Université a demandé à Tom de former les professeurs, de mettre en place des clubs et des activités extra-scolaires, au lieu d’enseigner parce qu’ils avaient assez de professeurs locaux à caser. Cela ressemble au développement à mon avis, plus qu’un nouveau bâtiment tout étincelant. Comme un des commentaires de l’article disait, « Djibouti a un énorme potentiel cependant le gouvernement djiboutien doit aussi avoir le désir du changement » Et quand il l’a, le pays en bénéficie exactement comme à l’Université.

Quelques un des commentaires de l’essai étaient merveilleux. Et j’ai beaucoup aimé la citation de S.Parker en référence à « le sentiment d’alarme qu’on ressent en présence des drones militaires » à l’aéroport.

« Le seul truc alarmant à propos de cet aéroport est le prix du visa d’un mois ». Et j’ajouterais que le manque de toilettes ou d’eau courante et de papier toilette dans les toilettes existantes. Pendant que je regardais les drones décoller et atterrir, je ne les ai jamais vus interférer avec le trafic civil, comme il l’avait suggéré. S.Parker l’interpelle sur son manque de connaissance sur ce qui a été vraiment investi ici. «  Vous n’avez aucune idée sur le nombre d’ONG qui travaillent sans relâche à Djibouti…. » Merci ! Il ne s’agit pas juste d’argent ou de force militaire. Il s’agit d’un investissement relatif à long terme et de pousser les Djiboutiens à faire face à leurs besoins en les aidant à trouvant leurs propres solutions locales. Voila ce dont s’occupe notre organisation, Resource Exchange International.

Et elle a mentionné ce que j’ai dit au début,  qu’il manquait d’une perspective rétrospective des 10 ans précédents pour remarquer le progrès qui est évident aujourd’hui.

Oui et Amen aux mots de la fin qui disaient que Djibouti a beaucoup de potentiel. Mais laissez-nous l’accompagner et l’aider à développer ce potentiel de toutes les manières qu’elle juge adéquates, nécessaires et utiles. Ne nous laissons pas dicter ou lancer du cash à la figure de cette nation.  Ne nous permettons pas de nous parader avec un sac plein de dollars ou se permettre de porter la culotte. Soyons patient.

Il ya beaucoup de problèmes ici, de la politique américaine en passant par la petite échelle de développement à l’aide internationale, au colonialisme persistant et à la dépendance. Que pensez-vous de tous ces éléments ?

 

A propos de Rahim Nour

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