lundi , 24 juillet 2017
En Bref

La francafrique : une nouvelle colonisation ?



L’Afrique doit prendre conscience d’elle-même, conscience de son histoire, de sa mémoire collective, de son passé et par là même de son futur. Je dis cela comme une évidence mais je sais qu’au  fond de moi,  que jamais rien n’a empêché un peuple d’aller vers son salut, d’aller vers sa destinée, et de voler vers sa libération. De ce fait, le climat d’afro pessimisme présent dans la bouche de chaque africain n’a pas lieu d’être et n’a plus lieu d’être, puisqu’il s’agit désormais de bâtir l’avenir avec les rêves du passé : ceux de N’NKrumah, de Sankara, de Lumumba et de Cabral, je parle de ces hommes justement qui ont perdu leur  vie pour avoir  penser autrement.

On me parle souvent de l’Afrique qui se tue, qui s’égorge au Rwanda, en Somalie, au Congo ou en Cote d’Ivoire, on me parle de nos dictateurs avant gardistes, de nos fonctionnaires corrompus, de nos institutions véreuses, mais l’on ne parle jamais des ombres qui s’agitent derrière les coulisses, je parle de la francafrique. Une francafrique qui fait vœu de nouvelle métropole, qui enlise nos souverainetés et nos intégrités territoriales, au même titre qu’à l’époque coloniale.

Cependant comment expliquer une telle intrusion de la France dans nos politiques ?

Les accords de défense qui existent entre la France et certaines de ses anciennes colonies, l’autorisent à intervenir en cas d’agression extérieure pour protéger l’intégrité territoriale de ces Etats.

Seulement voilà, l’argument de l’agression extérieure n’a plus cours dans la mesure où, en fait d’agressions, l’on est de plus en plus face à des guerres déclarées entre anciens frères d’armes, que tout tend aujourd’hui à opposer. En Centrafrique, ce sont les anciens alliés du général président Bozizé, ceux-là mêmes qui l’avaient aidé à déboulonner Ange Félix Patassé, qui lui en veulent à mort aujourd’hui. De même au Tchad, ce sont d’anciens partenaires qui se livrent à une bataille féroce.

Comment peut-il en être autrement avec des présidents à vie ?

Par contre, comment comprendre le comportement, sinon le zèle de la France, qui n’hésite pas à voler au secours de dirigeants, quand force est de reconnaître qu’il ne s’agit pas d’agression extérieure ?

En réalité, les prétendus accords de défense ne sont que des clauses secrètes d’intervention en cas de troubles internes en vue de soutenir ces dictateurs (le dispositif « Epervier » par exemple est déployé à Ndjamena au Tchad depuis 1986 !!!, et si l’on examinait ce pays de plus près, on se rendrait compte que l’armée française y est quasiment depuis Tombal baye en 1960 et bien sûr avant, sous la colonisation).

C’est l’usage de la force au service de dictateurs locaux, les mieux placés pour offrir la garantie de la préservation des intérêts français, mais malheureusement, c’est aussi une prime à la dictature.

Tous ces dictateurs (la liste serait trop longue) doivent leur pouvoir à la France, ce qui ne va pas sans contrepartie ? Qu’un chef d’Etat doive son fauteuil à l’ancienne métropole plutôt qu’à son peuple, voilà qui constitue l’un des plus grands scandales de la république pour paraphraser François-Xavier Verschave.

Que la France veille à la préservation de ses intérêts sur le continent, c’est compréhensible (on imagine pas la Belgique le faire à sa place), mais que les moyens et les manières d’y parvenir aillent jusqu’ à la complicité de génocide

Par :

– un soutien passif au Soudan – on aime à rappeler en France que le Soudan peut compter au sein du Conseil de sécurité sur le soutien de la Chine et de la Russie, ce qui évite de nous souvenir les négociations de Pasqua pour récupérer Carlos il y a dix ans, nous ayant amener à fermer (détourner ?) les yeux de ce qui se passe au Sud Soudan, c’est-à-dire au Darfour,

– un soutien actif au régime rwandais d’Habyarimana.

La France du 21ème siècle, celle de Chirac en tous cas (sous Jospin le ni..ni… a fonctionné un tant soit peu) n’a rien à envier à celle du siècle dernier.

Il est clair d’autant que les choses l’indiquent, que les intérêts de la France priment essentiellement sur ceux des peuples qu’elle dit « défendre », une France qui briguent les gouvernements progressistes en Afrique et qui privilégient les régimes dictatoriaux, une France qui abat de sang froid les leaders africains, je pense essentiellement à Sankara, et à tous les crimes non déclarés. La France peut aujourd hui sans exagération être qualifiée de nation criminelle dans les pages de l’histoire Africaine du XXe siècle.

Source : Dore Ishak

A propos de Djibcenter

Djibcenter est un web-magazine indépendant. N'hésitez pas à nous contacter pour plus de contact ou d'information.
  • http://twitter.com/bilehIftin bileh

    Qui arrêtera la Francafrique?

Scroll To Top