
Près d’un million d’Africains diplômés de l’enseignement supérieur quitte chaque année leur continent pour s’installer au Nord où salaires et conditions de vie sont plus attractifs.
Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations, 30 000 d’entre eux disposent des compétences en matière de santé et d’éducation dont l’Afrique a besoin. C’est-à-dire que plus les pays de la zone subsaharienne investissent dans la matière grise, moins celle-ci contribue à les sortir du marasme. Cette fuite des cerveaux équivaut à peu près 4 milliards d’euros par an dont ne bénéficie pas le continent. Quasiment une perte sèche en retour.
S’ensuivent deux types de problèmes. Le premier est directement lié à la stratégie politique des dirigeants africains qui n’arrivent pas à organiser leur développement durable à partir des ressources humaines dont ils disposent. Car, à chaque fois que des autochtones qualifiés émigrent (avec difficulté, cela va sans dire), ce sont autant d’experts internationaux qui sont recrutés par les gouvernements pour exécuter le même travail, mais dans des conditions plus coûteuses.
Le deuxième problème est une conséquence du premier. Si des jeunes professionnels diplômés quittent en masse leur pays pour des raisons économiques bien compréhensibles, on peut en même temps s’interroger sur la relativité du patriotisme national en vigueur sur le continent. Si, comme c’est le cas, 68 % des jeunes médecins par exemple du Zimbabwe cherchent à s’installer au Canada ou aux Etats-Unis, c’est parce que les contextes politiques se sont tellement dégradés que les nouvelles générations ont perdu toute confiance d’un avenir meilleur et nous éloigne dans le même temps, de la perspective de voir l’Afrique un jour, s’en sortir par la seule volonté de ses citoyens.
Chacun peut deviner les conséquences d’une telle situation désastreuse pour les générations futures et pour l’avenir du continent Africain. Il est grand temps, me semble t-il, d’inverser la tendance en faisant de cette ressource humaine compétente et disponible, le terreau fertile de leur développement quitte à l’encourager financièrement, en transférant les salaires des experts internationaux souvent rémunérés par la Banque mondiale ou l’Union européenne aux Africains qualifiés, le temps d’une réappropriation salutaire.
La communauté internationale doit selon moi, promouvoir une Afrique plus responsable en lui laissant l’utilisation de ses compétences quelque soit le domaine, puisque le Nord porte aussi une lourde responsabilité dans le chaos africain. Pourquoi un pays historiquement lié à ce continent comme la France, n’est-il pas plus ouvert ou plu respectueux dans sa manière de penser une coopération basée sur un réel partenariat ?
Les conséquences sanitaires de la crise alimentaire gravissime qui sévit actuellement dans bon nombres des pays Africains et notamment à Djibouti, sont une illustration parfaite de l’inefficacité d’une politique de coopération qui depuis trente ans s’enfonce dans l’erreur.
Les conséquences :
Les pays manqueront, inéluctablement d’un capital humain de matières grises locales,
suffisantes pour faire face aux défis de demain, tels que l’éducation, la lutte contre les maladies ou la lutte contre la pauvreté.
Je considère cela comme une deuxième saignée pour le continent africain, berceau de l’Humanité, après celle de la traite négrière. La communauté internationale doit prendre conscience de l’ampleur du drame qu’elle inflige à l’ensemble du peuple africain.
Le développement d’un pays, fut-il africain, ne peut véritablement être possible que s’il s’appuie, de manière rationnelle, sur ses meilleures ressources humaines. Or, les pays africains s’enferrent dans une situation chaque jour un peu plus dramatique en favorisant d’une manière ou d’une autre, la fuite des cerveaux.
Mais, à tout prendre, ne vaudrait-il pas mieux, une bonne fois pour toutes tirer les enseignements de la faillite de l’aide occidentale au développement pour réinventer une coopération d’inspiration plus humaniste dans laquelle la place des hommes et des femmes d’Afrique serait enfin le centre de gravité du continent ? Car il y a vraiment urgence.
On peut s’étonner que ce soit Tony Blair qui ait pris le premier l’initiative d’annuler la dette Africaine, et on doit s’en féliciter. Décision courageuse même si elle est malheureusement dérisoire dans la mesure où l’insolvabilité des Etats concernés hypothèque sérieusement son remboursement.
Pourquoi la fuite des cerveaux ? Quels sont les pays d’accueil ? Quelles sont les conséquences ? Est-il possible de trouver une solution à ce mal ? Peut-on envisager un retour de cette diaspora et pourquoi faire ?
Si l’Afrique exporte ses matières premières, elle exporte aussi sa matière grise.
L’Afrique est le continent des départs : départ de la main d’œuvre, départ des matières premières du sol et du sous-sol et maintenant, départ des substances grises. Point commun de tous ces départs : l’exigence et le tri de la qualité. Fini l’époque du nègre musclé avec belle dents car aujourd’hui, on veut du nègre diplômé et intelligent.
Les causes de ces fuites ne sont pas seulement endogènes mais aussi exogènes. Des causes endogènes qui relèvent du manque d’infrastructure performante ou d’opportunité de développement dans les pays d’origines. Autrement dit, les conditions de vie exécrables qui donnent seulement une alternative aux citoyens : soit ils s’inféodent, soit ils s’expatrient.
Quant aux causes exogènes, avec le vieillissement de la population dans les pays d’accueil, le besoin en personnel est grandissant. Ces pays recherchent deux catégories d’immigrés : ceux qui sont prêts à accepter des emplois mal payés, durs, dangereux et dédaignés par leurs propres ressortissant, et les professionnels hautement qualifiés comme les experts en logiciels, les ingénieurs, les médecins, les chercheurs et le personnel infirmier.
Pour ce qui est des pays d’accueil, c’est pratiquement toute l’Europe qui s’est mise à table aux côtés bien sûr des Amériques. La France, et par sa politique maladroite de l’immigration choisie, fait présager une continuité constante dans l’épuisement des compétences Africaines.